Banni pendant longtemps des autorités de la Réunion car il dénonçait l’oppression des colons sur les esclaves, le maloya vit maintenant au grand jour, notamment grâce à Gilbert Pounia et son groupe Ziskakan.
Fin des années 70, dans l’île de la Réunion, des écrivains, des poètes et des musiciens se mobilisent en faveur de la langue créole et de la culture réunionnaise. Dans ce contexte, l’association Ziskakan voit le jour en 1979, à l’instigation d’un groupe d’amis entraîné par Gilbert Pounia.
C’est dans les «kabars» (du mot malgache kabary qui signifie assemblée) que le maloya s’écoute, se vit, se joue avec ses instruments de prédilection : le rouleur (cheval tambour de basse que l’on chevauche), le bobre (arc musical), le kayamb (boîte en tige de fleurs de canne contenant des graines que l’on agite à plat : ce mouvement donnant naissance au 6-8, signature rythmique du genre). Un maloya qui, entre humanités volées et bonheur possible, fonctionne comme un marqueur identitaire.
A partir de ce blues, Gilbert Pounia va asseoir sa création, imaginant au fil des scènes et des enregistrements, un maloya contemporain nourri des vertus de la créolisation insulaire : cocktail de métissages de descendants d’Africains, d’Européens, d’Indiens, de Chinois et de Métis. En 1992, ce syncrétisme musical va rencontrer les oreilles attentives de Philippe Constantin, regretté responsable chez Polygram, puis de l’autre côté de l’Atlantique, celles de Chris Blackwell, patron du fameux label Island. La vague des musiques africaines ayant ouvert la voie, un nouveau public international est séduit par ces sonorités, ces timbres et ces rythmes de l’Océan Indien, hybrides et singuliers. Dès lors parmi les groupes réunionnais qui pratiquent l’alchimie en mariant maloya, séga, tambours malabars, reggae, jazz et pop, Ziskakan va faire figure de locomotive.
Au milieu des années 90, la donne musicale, tant à La Réunion qu’au niveau international, a évolué et les échanges entre musiciens dessinent de nouvelles perspectives artistiques. C’est en 1994 que le travail est mondialement reconnu (tournée en Europe, en Afrique, aux Etats-Unis via Africa Fêtes, au Canada...) et aboutit à diverses récompenses : classement au Top Ten Californie, meilleur groupe et meilleur artiste d’Afrique de l’Est aux Kora Awards d’Afrique du Sud...
Dès lors, l’universalité d’un genre doit se jouer selon un subtil dosage d’éléments très spécifiques et d’influences extérieures : Gilbert Pounia peut se prévaloir d’avoir fréquenté, entre autres, John McLaughlin, Baba Maal, Angélique Kidjo,
Kassav’, Brandford Marsalis, Michaël Brook, Ismaël Lo...
Fin des années 90, Ziskakan, prenant appui sur l’imaginaire et les instruments du cru (enrichis de bongos, congas, sitar, tabla, harmonium...), amorce un retour vers l’acoustique, démarche qui a pour résultat de dynamiser avec bonheur le côté entêtant et fataliste du lyrisme créole. Tournées en Europe et en Afrique s’enchaînent tout comme les productions discographiques : Rimayer en 2001, Live au Casino de Paris en 2002, un DVD Live théâtre de St Gilles en 2004, le CD Banjara en 2006 pour lequel le groupe a reçu le Césaire 2007 du meilleur groupe. Dernier opus de Ziskakan, Live dann Sakifo a été enregistré lors de l’édition 2010 du renommé festival réunionnais. Il comporte des appa- ritions de -M- ainsi que du chanteur Alex Sorres.